Les origines de l’ergonomie web

10 octobre 2011

L’ergonomie a longtemps été destinée à des experts du poste de travail exerçant principalement dans l’industrie, sur les chaînes de production, dans les processus de design, dans la conception d’interfaces logicielles. L’arrivée du web au début des années 1990 a cependant fondamentalement changé la donne.

L’ergonomie ne se développa véritablement qu’à partir de la Seconde Guerre mondiale mais le mot en lui même a été employé pour la première fois par le biologiste Wojciech Jastrzebowski dès 1857. L’ergonomie associée aux nouvelles technologies et à la conception d’interfaces numériques, a vu le jour dans les années 80 sous le nom de HCI ou IHM (version française) avec l’apparition du premier ouvrage sur le sujet “ Human Factors in Computing Systems” écrit par Gaithersburg. Une décennie plus tard et avec l’apparition progressive du World Wide Web, plusieurs livres ont été publiés sur la conception de logiciel (Rubinstein & Hersh, 1984; Simpson 1985; Shneiderman, 1987; Brown, 1988; Dumas, 1988), mais aucun d’entre eux n’utilise encore le terme «d’utilisabilité» ou d’ergonomie.

Le terme «ergonomie web» a été entendu la première fois dans les années 1980, quand John Whiteside (de la société Digital Equipment Corporation) et John Bennett (de la société IBM) ont publié plusieurs articles sur l’ingénierie de l’utilisabilité logicielle. Leurs rapports tentaient d’élaborer une nouvelle approche lors de la conception d’un produit, soulignant l’importance  des tests utilisateurs pour améliorer la qualité des produits et la productivité des utilisateurs. Pour aider à l’évaluation, ils mesurent la performance de l’utilisateur grâce aux métriques de Whiteside. La mesure proposée est la suivante :

S = (C/T) x P

  • S = taux d’achèvement de la tâche (pourcentage de réussite de l’utilisateur par rapport à l’expert),
  • T = Temps passé sur la tâche par l’utilisateur, P = pourcentage effectué de la tâche (par l’utilisateur),
  • C = temps minimal nécessaire pour exécuter la tâche par un expert

Grâce à des enregistrements audiovisuels, des interviews et des questionnaires, l’évaluateur vient compléter, par une évaluation qualitative, la mesure précédente. Cependant cette méthode est critiquée et reste pour beaucoup le produit d’une simple évaluation artisanale.

Cette nouvelle approche par le test est devenue le fondement de l’ergonomie, les différents termes : ergonome, utilisabilité, expérience utilisateur, interaction homme machine, etc, se vulgarisent pour décrire à la fois des produits bien conçus, bien pensés, faciles d’accès et le processus par lequel les produits devraient être conçus.

Puis, au fil des années, et avec la démocratisation progressive des systèmes informatiques, chacun a pu se lancer dans le développement web : site personnel, site d’informations, etc. Avec un minimum de compétences on voit apparaître la mise en place des menus, des liens, des fonctionnalités. Chacun faisant ce qui lui semble le plus utilisable possible et le plus beau possible. En fait, ils se sont improvisés ergonomes. Mais comme pour tous métiers, l’ergonomie demande une certaine connaissance des prés requis théoriques et fonctionnelle. C’est alors qu’un nom commence petit à petit à se faire connaître, celui de Jakob Nielsen, un Danois titulaire d’un doctorat en interactions homme-machine auteur du désormais classique « Designing Web Usability: The Practice of Simplicity », et de bien d’autres ouvrages, sites, recherches, etc.. Il se fait connaître par ses études jusqu’à ce qu’il devienne le gourou international de l’ergonomie web. Aujourd’hui, il est le cofondateur avec Donald Norman, du Nielsen Norman Group, société d’expertise en utilisabilité, et dispense des conseils afin d’améliorer le contenu des sites Web, notamment par la publication des Alertbox, une newsletter gratuite bimensuelle sur les dernières études ergonomiques et comportementales des internautes.

 

Sources pour l’historique :
– Wikipédia
http://courses.cs.vt.edu/~cs3724/spring2003carroll/lectureHandouts/1-SBDoverview.pdf
Livre Ergonomie Web de Amélie Boucher aux éditions Eyrolles
– La première phrase de cet article est extraite de la préface du livre Ergonomie Web de Amélie Boucher, écrite par Elie Sloim.
iihm.imag.fr/publs/1992/IHM92_Evaluation.Fr.ps.gz (pour la formule)

Credit photo : Luca Moglia